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la remise de la médaille d’honneur



     COURNON D'AUVERGNE LE  VENDREDI 11-04-2008 / 19H

   le Discours du Professeur Thierry Faict :


Monsieur le Ministre, mon très cher Brice ;

Monsieur le Préfet de Région, cher M. SCHMIDT. Vous me permettrez une entorse au protocole en vous associant à votre épouse, CHRISTINE, dont le courage et l’abnégation ont été une grande leçon pour tous et resteront dans toutes les mémoires ;

M. le Sénateur, mon cher Jean-Marc ;

M. le Député, mon cher Louis ;

Mes et Mrs les élus ;

M. le Procureur Général près la Cour d’Appel de Riom ;

M. le Procureur de la République près le TGI de Clermont-Ferrand ;

Mes et Mrs les Bâtonniers ;

Mes et Mrs les représentants des autorités militaires, civiles et religieuses, … ;

 

Et vous tous, mes très chers AMIS !

 

Vous me permettrez de ne pas tous vous citer, chacun d’entre-vous, en vos grades et qualités pour retenir cette formule que Paul SUSS avait consacrée de longue date : mes très chers amis ! C’est en effet ainsi qu’il débutait et clôturait toutes ses interventions et c’est donc sous cette forme, que je tiens aujourd’hui à lui rendre un nouvel hommage public…

 

Vous l’imaginez, ce jour m’est particulièrement important… Il l’est à de nombreux titres :

 

-         TOUT D’ABORD : Être honoré par la République Française n’est certainement pas anodin, surtout pour un petit-fils d’immigré C’est effectivement en France, pays « de la liberté, de l’égalité et de la fraternité » que mes grands-parents ont autrefois choisi de vivre, et c’est sur cette même terre qu’ils sont revenus oublier l’enfer. J’ai moi-même – au cours de mes nombreux voyages – eu plusieurs opportunités de quitter la France pour des promesses de carrières parfois très intéressantes, MAIS j’ai choisi d’être Français, et SURTOUT de le rester tant je crois à nos valeurs démocratiques et Républicaines et tant je crois à la place de notre Patrie dans le Monde, ne serait-ce qu’en termes de « droits de l’Homme » ; je suis sincèrement très fier de ces choix et n’en regrette aucun, heureux d’avoir pu modestement servir la France et particulièrement fier d’y être aujourd’hui reconnu. Ce que je suis aujourd’hui ne me revient pourtant pas car c’est incontestablement à mes grands-parents et à mes parents que je pense aujourd’hui et auxquels je souhaite dédier cet immense honneur. Ce sont eux qui m’ont montré le chemin et eux qui m’ont enseigné les principes moraux qui me guident encore quotidiennement, même s’ils sont tous morts alors que j’étais encore très jeune. C’est d’ailleurs un des grands principes de victimologie clinique que nous avons énoncé, principes depuis largement diffusés en France et en Europe et qui ont valu à notre CHU le label « d’Observatoire National des Violences » : il n’y a jamais de fatalité et nous sommes tous capables de résilience !

Lorsque je pense à mon père, je ne peux qu’évoquer Rudyard KIPLING dont il avait accroché dans ma chambre d’enfant le fameux « Tu seras un homme, mon fils ». Je ne peux non plus oublier ces principes de droiture, d’honnêteté, de générosité, d’humanisme et d’altruisme qui ont été mon seul, mais mon plus précieux héritage… Homme particulièrement brillant et aimé, il avait mis en place dès les années 60 un réel système social au sein de ses entreprises qui lui a valu l’estime de ses ouvriers… Quant à mon grand-père paternel, homme profondément bon, simple et généreux, j’ai toujours le regret de n’avoir pu le consoler de la mort de son seul fils ; il m’a légué pour seul bien, outre son vieux chapeau gris, les souvenirs d’un cauchemar qui ne m’appartenait pas directement, mais qui me hante encore quotidiennement ; pour ce dernier, je n’aurais cependant pas de meilleure « image » que cette phrase empruntée à Fontenelle, dans la pluralité des Mondes : « Celui qui veut être heureux, change peu de place et en tient peu… »

 

-         LA DEUXIÈME RAISON DE CETTE GRANDE JOIE EST : D’avoir été distingué et décoré par Brice HORTEFEUX en personne ; c’est un moment rare qui restera sans aucun doute un des moments les plus forts de mon existence. Il est en effet dans la vie des rencontres, uniques, qui comptent pour longtemps et des directions qui s’imposent naturellement… Nous avons en effet tous besoins de croire, d’admirer et d’être guidés et en cette matière, le respect ne s’impose pas : il est naturel ou il n’est pas… Selon la formule affectueuse désormais consacrée « Notre Ministre » fait en effet partie de ces hommes rares et précieux : brillant, compétent, humain et à la fois simple et généreux dont le charisme s’impose simplement et naturellement à ceux qui le côtoient. Qui plus est, chez lui, l’amitié n’est pas feinte ou de circonstance comme on le suppose parfois des grands hommes politiques. Bien au contraire, j’ai perçu chez lui une réelle inquiétude et une peine profonde lorsque Paul est tombé malade… J’ai peu connu de ces hommes dans ma vie (bien que les circonstances fassent aujourd’hui qu’un deuxième de ceux-ci soit là aujourd’hui : il s’agit de mon Maître, le Pr Michel DEBOUT). C’est sans doute Goethe qui en parlerait le mieux, notamment lorsqu’il disait : « L'homme qui dans une époque où tout vacille est lui-même vacillant en ses sentiments, augmente le mal et le répand toujours davantage. Mais celui qui demeure ferme en sa volonté, celui-là façonne le monde à son image… ». Monsieur le Ministre, je reste comme vous fidèle aux valeurs sociales et humanistes fondées par le Gaullisme et, vous le savez : je serai, nous serons à vos côtés – sans aucune réserve – pour les prochaines échéances, celles-là même dont nous parlions hier soir encore…

 

-         LA TROISIÈME RAISON, mais non des moindres, qui explique ma joie d’être aujourd’hui distingué, est de figurer sur la promotion du Dr Paul SUSS et celle des Justes de France du 6 avril 2007… 

  •        En ce qui concerne Paul, certains m’ont déjà reproché de trop y faire référence… Ils vont être déçus ! Le devoir de mémoire, en ce qui le concerne, s’impose plus que pour tout autre... Il a tant fait, il était si gentil, si bon, si généreux, si disponible et si simple à la fois… C’était un médecin hors du commun et sa disparition n’en est que plus stupide et plus dénuée de sens ; il me manque et il nous manque à tous beaucoup… C’est bien sa mémoire de fondateur qui nous a animé à « Solidarité Santé 63 » et qui nous a poussé à nous remettre au travail à l’automne dernier. Je souhaite au passage les saluer et les embrasser tous : le Conseil d’Administration (exemplaire), nos salariés et la centaine de bénévoles dont l’efficacité et la compétence nous aident quotidiennement dans une tâche indispensable, mais devenue complexe et lourde ; une mention cependant pour les deux « pivots » de notre Centre : ma « petite sœur » Dorothée PORTAIL et notre médecin coordonnateur, le Dr Jean-Claude COUDERT. Je sais M. le Ministre que vous aviez des difficultés à en retenir le nom : ce sera désormais chose plus simple puisque nous avons depuis décliné l’enseigne des « Centres médico-sociaux Paul SUSS » dont 5 devraient être finalisés sur la région avant la fin de l’année… C’est donc en son souvenir que nous avons poursuivi SON travail, en espérant que – nous regardant de « là-haut » - il est fier de nous… Vous savez combien nous étions tous les deux proches et c’est donc à Marcel Proust que je me réfèrerai maintenant  : « Ce qui rapproche les hommes, ce n'est pas la communauté des idées, mais la consanguinité des esprits ! » ; c’est bien dans ce cadre que notre complicité s’était développée et que je continuerai – avec vous tous – à protéger l’image et entretenir, sur la 2ème et partout ailleurs, le souvenir de celui qui était pour moi bien plus qu’un frère : pour que jamais personne n’oublie ! Si nous avions décidé d’être décorés ENSEMBLE, la maladie ne nous en aura pas laissé le temps, mais je suis sûr qu’il est avec nous ce soir !  
  •        C’est aussi la promotion des Justes de France et l’on sait combien l’Auvergne, notre Auvergne, fidèle à sa tradition d’hospitalité et de générosité, n’a pas été avare en femmes et en hommes particulièrement courageux qui – au péril de leurs vies – ont protégé, caché, nourri et rassuré ceux que l’indignité de la folie Nazie avait condamnés. Ce sont de ceux-là que je souhaite me souvenir aujourd’hui, plus que de ceux – beaucoup plus rares – qui ont autrefois dénoncé ou collaboré. D’ailleurs la Torah, les Évangiles et le Coran, nous l’enseignent : chaque bonne action en compense un millier de mauvaises ! Merci aux Justes, merci à l’Auvergne et aux Auvergnats pour ces actes qui – à eux seuls – sont l’Honneur de la France… Je me sens fier, très fier aujourd’hui, d’être Auvergnat et je peux vous assurer que si la vie m’a appris quelque chose, c’est qu’il est indispensable d’apprendre à donner avant de prétendre recevoir !  

-         ENFIN, je suis très, très, très heureux d’être aujourd’hui entouré de ceux qui me sont chers et auxquels je dédie cet instant… Ceux que je considère comme ma famille (Rolande, Hélène, Annie, Serge, Dorothée & Pierre, …), mon épouse Karèn, mes enfants bien sûr, mes neveux et filleuls, mes proches de toutes confessions, mes amis de Christine de Pisan, de Romagnat et d’Alberia, mes collègues Hospitaliers et Universitaires (et je salue au passage M. Jean-Paul SEGADE et M. le Pr Gilles BOMMELAER, …), mon service (avec une pensée toute particulière pour notre Cadre de Santé, Me Catherine PANCHEVRE, nos médecins dont Emmanuel ESCARD, nos ASH et nos secrétaires, sans oublier les professionnels des autres UMJ régionales), mes amis de la 2ème Circonscription (Stéphanie, Christine, Jacqueline, Henri, Patrick, Claude, la famille M’KIRI et tous nos adhérents pour lesquels j’ai une pensée affectueuse toute particulière, mais que je ne peux tous citer), mes amis du Lions Club Doyen, ceux de Médecins du Monde, d’OMECA et du Conseil de l’Ordre, tous ceux de ma Communauté, mon ami Jany Gabriel fidèle proche des cercles Élyséens, mes étudiants et élèves avec lesquels je vis depuis 10 ans une aventure tout à fait exceptionnelle et à laquelle je ne peux qu’associer très naturellement M. le Bâtonnier Yves DOUSSET auquel je dois tant, les Magistrats des différents Ressorts et tout particulièrement M. le Procureur Général avec lequel nous tentons de poser depuis de nombreuses années les fondations d’une médecine légale compétente et pérenne au service de la Justice et des Citoyens…

Vous tous mes amis – sans aucune exception – que je ne peux tous citer… : vous m’êtes tous très chers par l’amitié, le soutien et la chaleur que – des années durant – vous m’avez apportés et m’apportez encore ! Merci d’être aujourd’hui présents si nombreux dans ce restaurant, cœur de la 2nde Circonscription, où Paul en juin dernier a fait son dernier meeting ; je me souviens encore de cette montée d’escalier, difficile, où il s’était appuyé sur mon épaule… 

Demain, je resterai le même : je continuerai à lutter contre les effets dévastateurs des violences, particulièrement à l’encontre de celles et ceux que l’on est en charge de protéger et d’aimer ; nous continuerons à soutenir la Justice et la Force publique (que je salue en ses différentes représentants) dans ses difficiles missions d’équité et de restauration de l’Ordre social en mettant à sa disposition les remarquables capacités techniques de notre CHU et de ses praticiens particulièrement chevronnés.  

Nous continuerons à lutter, de toutes nos forces, contre la précarité, l’exclusion et toutes les formes d’ostracisme, véritable cancer social uniformément présent dans toutes les sociétés…

 Et en cela, nous utiliserons les nombreux outils d’avenir en lesquels je crois profondément : l’éducation, l’exemple, la droiture, l’humanisme, la fraternité, la solidarité et le respect d’autrui, comme celui de nos valeurs Républicaines communes !

 

Je continuerai donc à mettre au service de cet authentique projet social, ce que d’aucuns pourraient considérer comme mon pire défaut : l’hyperactivité ! 
 

 

Mais j’ai fait mienne de longue date cette devise empruntée à Colette :

  « Suis le chemin et ne t'y couche que pour mourir… » !

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